EXTRAIT

Je m’appelle Arthur comme j’aurai pu m’appeler Guillaume, mais je ne suis pas conquérant. Je suis une sorte de chevalier. Je me contente de respirer…
J’aime la vie, même si je doute devoir m’impliquer correctement dans cette devise.
Je suis un simple gars, sans esprit. Pourtant je me demande ce qui me pousse à vivre toujours dans cet état, dans cette cité où les rues sont sans la fleur du romantisme, sans plaie ouverte, sans preuve d’amour… C’est juste parce que la peur d’un ailleurs est aussi forte que le tourment qui m’enterre jour après jour dans une espèce d’isoloir trop vaste. Ce n’est pas que l’inconnu me trou-ble, mais j’ai comme la sensation que si j’explore ces terres inconnues, je serai incapable de retrou-ver mon chemin.
J’aime la terre, son goût. Les plaines qui au lever du jour vous appellent à une fuite certai-ne. Elles sont parfois recouvertes d’une humidité en forme de gouttelettes fragiles et le simple fait de les apprivoiser chaque matin en partant au travail me force à me rendre à l’évidence. Je n’ai pas toujours les pieds collés à la semence des générations. J’écrase ma vie comme j’écrase la no-blesse de la terre, à chaque pas, sans me rendre compte de ce que je fais.
A trop vouloir renier le présent, je m’enfonce, je me vautre dans le passé. Ainsi, je me trou-ve riche d’une histoire qui frise le tournis. Une histoire riche, puisque je peux me souvenir de l’é-motion lorsqu’elle est au rendez-vous.
Je me replonge un instant dans ma mémoire et je vois très clairement ce matin de prin-temps. Il était tôt sans l’être. J’avais découpé la veille dans un journal local une petite annonce. Elle stipulait texto : Grosse boite cherche main d’oeuvre non qualifiée. Se présenter au bureau de la direction dès le lendemain. Nous y étions à ce lendemain et j’affrontais les rues, un peu plus hâtivement qu’à l’accoutumée. Mis à part cette expérience, le travail et moi avions alors rarement cohabité. Il y eut bien la distribution de publicités, celle qui déborde des boîtes aux lettres et que certains méprisent par conscience pour les arbres… Il fallait me voir approcher de chacune de ces portes. C’est cocasse, c’est vrai…, car avec crainte je déposais le précieux sésame et m’enfuyais ailleurs avant de me voir défiguré par un vrai chien de race bâtarde ou me sentir giflé à coup de balai par une vieille acariâtre, un employé municipal soucieux du travail vite fait bien fait. Je m’é-tale en oubliant presque l’essentiel, ce pourquoi j’étais venu. Un bel entretien d’embauche m’était promis et pour l’occasion je n’avais pas revêtu un pantalon de tergal, ou une petite flanelle. Je ne possédais qu’une paire de jean que je lavais invariablement tous les samedis.
Lorsqu’elle rentra dans le bureau et qu’elle se présenta, j’ai voulu cacher mon malaise et préten-dre ne pas chercher du travail. Elle s’avança alors vers moi et me dit.
« – L’intérim, vous connaissez ? Je ne suis que de passage. Vous savez, vous serez encore dans cette boîte que je serai loin, très loin. Ne vous en faites pas, vous oublierez rapidement mon visage. »
Je n’avais pas ouvert la bouche. Elle était belle, se déplaçait comme une caravelle qui fend l’océan pour enfin toucher terre et accéder au nouveau monde.

Publié dans : Non classé |le 27 septembre, 2010 |Pas de Commentaires »

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